La faute en tant qu’héritage de la civilisation

La faute en tant qu’héritage de la civilisation
01/08/2014 boris

The Pillowman: La faute en tant qu’héritage de la civilisation La première de la comédie très noire « The Pillowman » de l’auteur irlandais Martin McDonagh, dans une mise en scène de Žanko Tomić et dans une production de la troupe « Yorick » de Novi Sad a été présentée sur la scène Pera Dobrinović du Théâtre National Serbe.C’est la deuxième fois que les comédiens et le metteur en scène rencontrent cet auteur, la première ayant été, il n’y a pas si longtemps, pour la pièce « Le Lieutenant d’Inishmore » qui s’est avérée la représentation la plus mûre et la plus réussie de cette troupe ambitieuse et indépendante. Comme suite logique, un succès mérité. Grâce à une politique de répertoire bien réfléchie, à l’enthousiasme et à la persévérance, qualités qui n’ont jamais manqué à l’équipe de la troupe Yorick, le dénouement ne pouvait qu’être le suivant: une représentation de qualité avec un jeu qui devait satisfaire les critères rigoureux du théâtre de Novi Sad. Le monde imaginaire de la bizarrerie et de la mort surgit du coffret scénique adroitement taillé comme le cabinet d’un juge d’instruction où l’on peut voir le tandem proverbial du mauvais policier et du jeune auteur anonyme imaginatif et adroit, principal suspect d’une série d’assassinats qui ont tous eu lieu de la même façon que dans ses histoires.

Imaginée comme un suspense, la proposition littéraire, qui est par ailleurs assez populaire et assez jouée dans cette région, se transforme en une étude détaillée de l’héritage culturel de l’homme moderne où les raisons de la tragédie et du désordre moral en apparence illogiques sont enfouies profondément dans le passé, dans la faute des ancêtres qui ne peut et ne sera jamais compensée par une issue favorable.L’intrigue, par l’utilisation ingénieuse d’une scène-vidéo, apporte des péripéties inattendues, des coups de théâtre où les autres acteurs finissent par se déclarer participants du même jeu enfantin, échec devant la croissance et impossibilité de dépasser les pénibles frustrations acquises quelque part en chemin, sans possibilité de choisir et par là, automatiquement, sans véritable culpabilité. Une série de questions existentielles, en partie posées inconsciemment restent cependant sans réponse réelle, exactement comme dans la vie qui est en fait exactement comme cela, remplie d’illogismes, rarement réussie et le plus souvent inexpliquée.

Soutien à la grève du Théâtre des jeunesÀ la fin de la représentation au TNS, la troupe « Yorick » a offert son soutien aux comédiens du Théâtre des jeunes qui font la grève depuis plus de trois mois pour obtenir le remplacement du directeur de la maison, Tomislav Knežević. La première reprise de « The Pillowman » aura lieu le 31 janvier, sur la même scène Pera Dobrinović au TNS.Nenad Gvozdenović, éminent invité de Belgrade a trouvé place dans la troupe habituelle et cette bonne distribution des comédiens vit adroitement la trame bizarre des sombres scènes où le discours principal est porté par Marko Marković qui mérite des compliments particuliers pour son art oratoire, un accent dramatique juste, inspiré et justifié dans les parties off enregistrées.

Et ses scènes de dialogue constamment inspirées, depuis longtemps maitrisées et reconnaissables dans des rôles semblables dans « L’homme de la pluie » de Milovan Filipović montrent une fois de plus toute la richesse du minimalisme où les partenaires nécessairement tournés uniquement l’un vers l’autre, restent pourtant difficilement sans réaction adéquate de la part du public grâce à un échange d’énergie juste et à une mise en scène bien comprise. Milorad Kapor, dont le personnage du policier-pas-trop-brillant a apporté un changement essentiel à la perception du rapport bien/mal, seule indication d’un éventuel optimisme et d’une lueur d’espoir pour le monde dans lequel nous vivons, a certainement lui aussi mérité les applaudissements.

Zlatomir Gajić, DNEVNIK